Jeux paralympiques: un cavalier, un cheval et une sensation de liberté

Les épreuves de para-dressage qui ont lieu au stade de Deodoro pendant les Jeux paralympiques font partie du spectacle. Cette discipline qui a été introduite à Atlanta en 1996, permet à tout cavalier handisport de concourir sur des reprises adaptées à ses capacités physiques et son niveau technique. Explications.

De notre envoyé spécial à Rio,

En regardant les cavaliers paralympiques enfourcher leur monture, on se dit que la relation entre eux et le cheval les métamorphose. Fini le fauteuil roulant, place à la sensation de liberté. La vie au sol disparaît, le handicap s’efface, la magie de l’équitation prend soudain tout son sens. Le couple parade fièrement pour la plus grande joie d’un public souvent connaisseur.

Un trio pour réussir

Nathalie Mull, directrice du sport à l’Institut français du cheval, présente à Rio, accueille le pôle France handisport à l'année. A Saumur dans la région Pays de la Loire, particulièrement connue pour son École nationale d'équitation, des chevaux sont à disposition. Ils sont dressés et préparés par des écuyers qui les montent le plus souvent possible et ils entraînent les athlètes handicapés.

« Tout cela forme un trio », dit Nathalie Mull. Elle explique : « Le cheval a besoin d’être travaillé régulièrement, de façon symétrique pour sa musculature ». En effet, un cavalier handisport pourrait être plus à l’aise d’un côté ou de l’autre, comme par exemple lorsqu’il lui manque un membre inférieur. « Il faut donc rééquilibrer le cheval », souffle Nathalie Mull. Au para-dressage, les cavaliers doivent démontrer un contrôle parfait de l'animal, sur une séquence de mouvements pré-établie.

Des chevaux de plus en plus performants

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les chevaux de handisport sont aussi performants que ceux montés par les valides. « Il y a même des chevaux de Grand Prix », atteste Nathalie Mull.

« Nous avons les mêmes exigences que les valides, il faut que l’on fasse en sorte que le cheval utilise au mieux sa musculature, avec le plus d’harmonie possible en gardant un maximum de souplesse dans l’allure et la légèreté », renchérit la cavalière française Céline Gerny, devenue paraplégique en janvier 2001 à la suite d’une mauvaise chute. Jamais elle n’a  renoncé à son sport.

Il existe cinq niveaux de handicap pour le para-dressage. Deux niveaux 1 (A et B) pour les cavaliers les plus handicapés. Ensuite, plus on approche du quatre, plus les difficultés présentées sont possibles. Les cavaliers paralympiques ne participent pas aux disciplines les plus risquées, comme le saut d’obstacles.

Le cheval conscient du handicap de son cavalier

« Les chevaux s’adaptent au handicap. Ils donnent plus d’attention et prennent sur eux. Ici à Rio, le mien pourrait avoir peur de plein de choses. Je n’utilise pas mes jambes, ce qui permet normalement de le canaliser. Mais comme il est très généreux, la plupart du temps, il n’y a pas besoin de rappel à l’ordre. C’est un don, il a envie de nous faire plaisir », s’enthousiasme Céline Gerny qui dit se sentir à égalité avec les valides lorsqu’elle est sur son étalon.

Le canasson est donc tout à fait conscient qu’il est monté par une personne handicapée. « Dans les centres équestres, on vous dira qu’ils sont plus gentils qu’avec des valides. Un cheval, c’est une éponge à émotions », précise Nathalie Mull. En France, Il existe de plus en plus de centres équestres qui développent des activités envers les personnes handicapées.

« Pour quelqu’un qui ne marche pas, monter à cheval donne la sensation de marcher et de se mouvoir dans l’espace différemment », concède Céline Gerny. En la voyant uniquement sur son destrier, il est difficile d’imaginer qu’elle est en fauteuil roulant.